Aéroport d'Orly, Terminal Ouest. Du bout de la piste, en cette toute fin d'après-midi, l'avion prend de la vitesse et s'envole. Quelques vibrations plus tard, quelques agitations d'hôtesses plus haut, quelques annonces dans un anglais douteux plus loin, voilà que l'appareil a fini de traverser l'épaisse couche nuageuse et retrouve son horizontalité naturelle. Là, juste au-dessus de cet espace floconneux qui s'étend à perte de vue, s'ajuste le rythme de croisière de notre fier aéronef, le bruit constant de son ronron motorisé.
La soirée est entamée. A gauche de l'appareil, c'est la nuit. A sa droite, le soleil rouge allume ses derniers feux sur l'horizon. Au-dessus du champ tout blanc du coton nuageux, c'est Mississipi Burning.
J'ouvre Libération pour y découvrir comme partout -comment en aurait-il été autrement ?- le flot sans imagination de commentaires autour de la relaxe de Galouzeau, poète maudit de Caracas. Depuis la veille, les médias débordent de la guerre des Deux-Roses qui oppose Dominique d'York et Nicolas de Lancastre, les Chirac et Giscard des années deux mille. Avec ces deux-là, nous sommes pourtant plus près de Napoléon III que de Richard III. Rien de shakespearien chez eux, nous flirtons plutôt avec la farce médiévale bien grasse.
Dans le Libé du jour, la palme de l'emphase ridicule revient assurément à son éditorialiste et directeur de publication, l'ineffable barbichu Laurent Joffrin. Villepin est manifestement pour lui synonyme de Nirvana politique, une icône, un dieu vivant que le peuple (presque) de gauche devrait assurément vénérer. Qualifié de « dissident flamboyant de la droite décomplexée », Joffrin-le-Mouchard souligne chez le relaxé « son talent oratoire et littéraire » pour finir dans un bouquet final écarquillé : « Don Quichotte classieux de la droite sociale » ! Ouf ! N'en jetez plus, la cour est pleine... Ce n'est plus de l'admiration, c'est de la dévotion. J'espère que personne n'a trop ri en apprenant aussi abruptement que Galouzeau de Villepin[1] était « social » ! Le traitement des émeutes de banlieue en 2005, était-ce du social ? Le CPE qui a mis des millions de personnes dans la rue, était-ce du social ? Une politique explicitement libérale menée pendant des années par Chirac dont il était le principal conseiller, puis par lui-même comme Premier Ministre, était-ce du social ?
Il est vrai qu'à Libération, le journal qui milite à longueur de page pour le rapprochement du PS et du Modem (ce que des citoyens normalement informés et d'une intelligence moyenne devraient pouvoir traduire par « le rapprochement de la gauche et de la droite »), on porte Bayrou et Valls au pinacle : le barbichu de la presse bien-pensante a toujours vu en eux les hérauts de la gauche moderne, en vertu du principe qu'il convient de s'opposer à Sarkozy et de fustiger le trop-à-gauche pour être déclaré « moderne ». Galouzeau a manifestement ce même profil. Libé ne peut qu'applaudir. Gageons que ce n'est là que le début du long accompagnement entre et le renard (argenté) et le journal (désargenté) : demain dans votre feuille de chou d'opposition, le duo centro-compatible viendra s'enrichir d'un Villepin pour un triumvirat qui rappellera les belles heures napoléoniennes.
Aéroport de Toulouse-Blagnac, quelques instants plus tard. Cette fois, la nuit est franche, le coton rougeoyant d'altitude a cédé sa place à la pluie sombre du plancher des vaches. Mon Spirit Of Saint-Louis va se poser au pays de Clément Ader. Je range ce journal qui n'a pas consacré un seul centimètre carré de ses colonnes à un vrai sujet d'actualité : la loi sécuritaro-régresssive LOPSI 2 dont l'Assemblée Nationale va débattre dans quelques jours à peine.
Et pourtant...
Sarkozy l'avait promis en novembre, Hortefeux l'a fait jeudi à l'Assemblée : déposer un amendement gouvernemental qui vise à donner le pouvoir aux préfets de se substituer aux maires récalcitrants pour installer de la vidéo-surveillance dans les communes. Les quelques niches qui échappent encore au rouleau-compresseur de la droite sont réduites à rien. Voilà donc que des citoyens qui auront voté pour un maire sur la base d'un programme électoral refusant les caméras dans la ville verront leurs rues surveillées tout de même[2] !
Vous voulez encore de la LOPSSI 2 ? Un autre amendement, voté en commission, prévoit de conférer la qualité d’agent de police judiciaire aux directeurs de police municipale qui pourraient donc maintenant enquêter, interroger, contrôler l'identité, etc.
Vous n'en n'avez pas eu assez ? Toujours en commission, toujours un amendement, toujours voté : le couvre-feu nocturne pour les mineurs de moins de 13 ans.
J'arrête là : la gué-guerre entre le pantin grandiloquent et le nain agité est tellement plus croustillante que le recul des libertés en France.
Le Figaro nous paie parfois de bonnes tranches de franche rigolade.
Il y a deux Sarkozy :
Celui du 31 décembre 2009 qui pérore, l'air très convaincu : « Je veux rendre un hommage particulier aux partenaires sociaux qui ont fait preuve d’un grand sens des responsabilités, aux associations qui ont secouru ceux qui en avaient le plus besoin, aux chefs d’entreprises, ils sont nombreux, qui se sont efforcés de sauver des emplois »...
C'était il y a un an. Décembre 2008. Patrick Devedjian
Il y a bientôt un an, le 6 décembre 2008, je vous écrivais un courrier pour m'étonner du triple cumul de mandats que vous vous apprêtiez à assumer en succédant à Patrick Devedjian[
Les « Jeunes Pop' », mouvement de la jeunesse sarkosyste, se réunissent ce week-end à Seignosse (Landes). C'est l'occasion pour eux d'abreuver le monde ébahi de vidéos qui sont autant de témoignages forts et poignants de leur rassemblement estival : des interviews de ministres débordées[
Ce qui est nouveau en revanche c'est cette volonté de changement à droite : après plus de sept ans de pouvoir, il était temps, me direz-vous. Ah oui, manant ! Parce que c'est là le slogan de nos post-adolescents droitiers : « Changeons le Monde » qu'ils nous balancent sans crier gare, les p'tits jeunes de Seignosse. Diantre ! Ils étaient à deux doigts de nous servir « Changer la Vie » mais quelques chose a du les arrêter au dernier moment.
Globules rouges, plaquettes, association de lutte contre la leucémie, tout y passe. C'est beau comme le plafond de la Chapelle Sixtine, émouvant comme du Jacques Brel, crédible comme une affiche de Chirac en 1974.
Il y a quelques jours,
Mais la vérité, cher lecteur, c'est que le scandale est ailleurs. Évidemment, il est choquant que des milliards censés renflouer des banques aux abois en 2008 puissent être utilisés en 2009 à des rémunérations personnelles faramineuses. Bien entendu, la « moralisation » prétendument exigée par un gouvernement comme contrepartie aux aides publiques n'était qu'une farce pathétique.
Car si la BNP peut « continuer comme avant », c'est que, malgré les effets de manche de gouvernants complices, rien n'a changé. Du reste, à Libération la BNP a tranquillement rétorqué qu'elle « respectait scrupuleusement les règles établies pour les bonus dans les banques telles qu’elles ont été établies par le G20 ». Je vous laisse juge des décisions impitoyables et définitives qu'un G20 aux muscles bandés a bien pu prendre pour que tout reparte six mois plus tard comme au bon vieux temps. Tristes gouvernants de la planète, incapables malgré une crise d'une ampleur sans précédent de se réapproprier un pouvoir qu'ils ont abandonné depuis des décennies aux financiers.
Aussi, à Christian Estrosi qui pousse l'enfumage jusqu'à préciser que « ce n'est pas le gouvernement qui vérifie si les banques respectent les règles en matière de rémunérations », je ne vois pas autre chose à répondre que : « Tu ne te foutrais pas légèrement de notre gueule, coco ? »
Indiscutablement, les néo-libéraux ont, ces dernières années, emporté la bataille culturelle dans le débat politique, imposé une guerre des mots qu'ils ont à l'évidence gagnée. A tel point que la gauche a fini par ne débattre qu'en fonction des dogmes libéraux, s'y opposant certes, mais les plaçant ainsi au centre de la pensée politique... quand une partie de cette « gauche » a, elle, franchement repris à son compte les paradigmes du néo-libéralisme pour en faire la promotion tout juste teintée d'une atténuation, pompeusement nommé « justice sociale ».
Pourquoi la sécurité sociale, c'est-à-dire la santé des français, devrait-elle être équilibrée à elle seule ? Est-ce que l'éducation est rentable ? Par définition non, mais l'on dépense sans barguigner pour nos enfants sans se demander ce qu'ils rapportent, simplement parce que l'éducation est un bien pour lequel la collectivité paie. Pour le coup, c'est une évidence couramment admise. Est-ce que le service des pompiers est rentable ? Non, me répondrez-vous dans ce sourire que je devine.
Quel autre domaine subit un tel diktat, celui de la dénonciation du « "trou" » ? Autant dire « de la mauvaise gestion », les mots seront plus clairs. Par exemple, Quelqu'un a-t-il pensé à qualifier de « trou »
Aussitôt LE chiffre paru, les réactions ont fusé qui avaient toutes comme cible les reculs sociaux : augmentation de l'age de la retraite, baisse des dépenses de santé, traques des faux arrêts de travail : le festival attendu a bien eu lieu.
Bref, d'une main cachée dans le dos, la droite organise la baisse des recettes de la sécu et de l'autre pointe une augmentation des dépenses à qui il faudrait tordre le cou.
Et la CNAM de proposer des mesures pour combler une partie du déficit, qui ont toutes la particularité de restreindre l'offre de soin et surtout... de ne jamais cibler ceux qui profitent très grassement du système de santé : les entreprises qui fabriquent les médicaments ! Sanofi-Aventis profite de la crise pour
Au fond, le sujet est plus philosophique qu'il n'y paraît. Lorsque le guépard surgit, les gazelles de droite estiment devoir toutes courir le plus vite possible pour sauver le maximum d'entre elles. Les gazelles de gauche estiment tout naturel de se regrouper en un même bloc et faire front pour les sauver toutes.
Quinze jours plus tôt, c'est l'assurance maladie qu'il entendait « moderniser », c'est-à-dire offrir au secteur privé : « Je souhaite que soient confiées de nouvelles responsabilités aux organismes complémentaires (…) La solidarité nationale, financée par des prélèvements obligatoires, continuera de remplir sa mission, a prédit le chef de l'Etat. Mais à ses côtés, d'autres formes de protection sont appelées à se développer. » Et vous avez quoi ? Nicolas a un frère[
Le vrai titre aurait donc du être, c'est d'un niveau de CM1, « 20% des employeurs préfèrent recruter un homme qu'une femme » ! Avouez que les choses prennent toute de suite une autre tournure[
Au Niger, sorte d'uranium-land sub-algérien où les touaregs sont tolérés à condition de ne pas gêner l'extraction du métal nucléaire[
Quant à notre Guide Suprême de la Sarkolution™, il a lui aussi parlé sans détour en estimant la situation au Niger « décevante ». Et il s'y connait Sarkozy en Niger :
Orelsan, ce rappeur que je ne connais, comme beaucoup, qu'à travers la polémique imbécile autour de sa chanson « Sale P*te », fait son retour sur le devant scène médiatique à l'occasion de
Royal
La première polémique autour d'Orelsan il y a quelques mois était risible. Sa réalimentation aujourd'hui s'apparente à de la franche censure. Les festivals étant d'une manière générale largement subventionnés par les collectivités locales, les prises de positions des élus à la tête de ces exécutifs et le revirement des programmateur de festivals sont à cet égard troublants. Le combat pour une culture libre est lui aussi égratigné.

Sur notre bonne vieille Terre, il y a deux catégories de dirigeants : ceux qui ont conduit les leurs à des victoires claires et retentissantes et ceux qui ont perdu bataille sur bataille en laissant leurs troupes dans un marasme inqualifiable (au mieux par incompétence, au pire à des fins de gloire personnelle). Une fois les guerres achevées, les premiers ont évidemment la légitimité avérée des fins stratèges pour que pèse leur parole. François Hollande, lui,
Autre récidiviste du geste de Kung Fu envers le Parti Socialiste : Jean-Luc Mélenchon. Quant il y était encarté (et en vivait), son existence médiatique même reposait sur un porte-à-faux quasi systématique. A présent qu'il a quitté le navire[
A propos de slogan,
Après quarante-quatre jours de grève générale, de vraies-fausses négociations, d'aller-retours tragi-comiques de la part du Sécrétaire d'Etat aux DOM-TOM, de silences présidentiels ostensibles, la Guadeloupe a retrouvé un peu de calme et mis fin au conflit social majeur de ce début d'année. Bien sûr tout reste fragile : les patrons disent oui du bout des lèvres, pour ne pas dire que certains disent non, l'État doit encore prouver sa volonté de changer les choses en profondeur et non en trompe l'œil par l'octroi ponctuel de quelques piécettes à la couleur plus caritative que politique. Mais parce qu'ils n'ont rien lâché, parce que les revendications étaient justes, parce que la situation ne pouvait tout simplement pas durer, les Guadeloupéens ont obtenu de belles avancées.
Aux Antilles, la politique ne doit pas toujours être auscultée à l'aune des codes métropolitains. Les élus de gauche peuvent y revendiquer farouchement leur religion comme argument politique et peuvent même ne pas cacher leur homophobie.
Avouez que l'UMP n'a peur de rien ! Faire donner la charge contre les manifestants alors que la révolte est profonde, que les revendications sont justes et que l'exploitation des travailleurs locaux est patente : reconnaissons ensemble que la droite est là dans une nouvelle provocation anti-sociale. Messieurs Bertrand, Devedjian, Fillon et Sarkozy peuvent être fiers de leurs élus ultra-marins : la politique réactionnaire qu'ils prônent et mettent en place à l'échelon national est bien répercutée par leurs armées d'élus locaux.
Pour les simples d'esprit qui n'auraient pas compris ce soir que Nicolas Sarkozy[
Le titre de l'article est déjà un mensonge ! « Pour les Français, Sarkozy est plus rassurant et rassembleur », sauf que l'enquête montre que 63% des Français ne le trouvent « pas rassurant » et 69% « pas rassembleur » ! Le mot important dans le titre est donc « PLUS » sous prétexte qu'il y a 365 jours, les chiffres étaient encore pires pour le Guide Suprême ! Reconnaissons ensemble que Le Figaro nous gratifie d'emblée d'une belle entourloupette intellectuelle.
«
Et les prières continuent, les Ave Maria, les Notre Père fleurissent au détour de chaque phrase : « Vous ajoutez qu'il y aura un phénomène Obama au plan probablement psychologique aux Etats-Unis et aussi, je l'espère, un effet économique ». Par pitié, Ô Grand Barak, Votre Splendeur Nouvellement Elue, Notre Sauveur à tous, faites que vos actions nous secourent, donnez nous aujourd'hui notre croissance de demain...
Et parce qu'avec Devedjian, hautement représentatif de ce gouvernement ina(e?)pte, l'irrationnel est porté comme un étendard, écoutez-le gémir sur la fatalité, sur le sort contre lequel l'homme (politique) est impuissant, sur le destin qui conduit à sa perte des gouvernants pourtant de bonne foi : « [La] crise [...] est injuste, [la] crise [...] est importée des Etats-Unis, [...] ne sanctionne pas une mauvaise gestion de notre pays. Il la subit comme l'ensemble de l'Europe ».

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