etienne fillol . fr [ blɔɡ a dø mɛ̃ ɡoʃ ]

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L'éditorialiste et les deux roses

30 janvier 2010

nuages.jpgAéroport d'Orly, Terminal Ouest. Du bout de la piste, en cette toute fin d'après-midi, l'avion prend de la vitesse et s'envole. Quelques vibrations plus tard, quelques agitations d'hôtesses plus haut, quelques annonces dans un anglais douteux plus loin, voilà que l'appareil a fini de traverser l'épaisse couche nuageuse et retrouve son horizontalité naturelle. Là, juste au-dessus de cet espace floconneux qui s'étend à perte de vue, s'ajuste le rythme de croisière de notre fier aéronef, le bruit constant de son ronron motorisé.

La soirée est entamée. A gauche de l'appareil, c'est la nuit. A sa droite, le soleil rouge allume ses derniers feux sur l'horizon. Au-dessus du champ tout blanc du coton nuageux, c'est Mississipi Burning.

2roses.jpgJ'ouvre Libération pour y découvrir comme partout -comment en aurait-il été autrement ?- le flot sans imagination de commentaires autour de la relaxe de Galouzeau, poète maudit de Caracas. Depuis la veille, les médias débordent de la guerre des Deux-Roses qui oppose Dominique d'York et Nicolas de Lancastre, les Chirac et Giscard des années deux mille. Avec ces deux-là, nous sommes pourtant plus près de Napoléon III que de Richard III. Rien de shakespearien chez eux, nous flirtons plutôt avec la farce médiévale bien grasse.

Dans le Libé du jour, la palme de l'emphase ridicule revient assurément à son éditorialiste et directeur de publication, l'ineffable barbichu Laurent Joffrin. Villepin est manifestement pour lui synonyme de Nirvana politique, une icône, un dieu vivant que le peuple (presque) de gauche devrait assurément vénérer. Qualifié de « dissident flamboyant de la droite décomplexée », Joffrin-le-Mouchard souligne chez le relaxé « son talent oratoire et littéraire » pour finir dans un bouquet final écarquillé : « Don Quichotte classieux de la droite sociale » ! Ouf ! N'en jetez plus, la cour est pleine... Ce n'est plus de l'admiration, c'est de la dévotion. J'espère que personne n'a trop ri en apprenant aussi abruptement que Galouzeau de Villepin[1] était « social » ! Le traitement des émeutes de banlieue en 2005, était-ce du social ? Le CPE qui a mis des millions de personnes dans la rue, était-ce du social ? Une politique explicitement libérale menée pendant des années par Chirac dont il était le principal conseiller, puis par lui-même comme Premier Ministre, était-ce du social ?

manif.jpg

droite.jpgIl est vrai qu'à Libération, le journal qui milite à longueur de page pour le rapprochement du PS et du Modem (ce que des citoyens normalement informés et d'une intelligence moyenne devraient pouvoir traduire par « le rapprochement de la gauche et de la droite »), on porte Bayrou et Valls au pinacle : le barbichu de la presse bien-pensante a toujours vu en eux les hérauts de la gauche moderne, en vertu du principe qu'il convient de s'opposer à Sarkozy et de fustiger le trop-à-gauche pour être déclaré « moderne ». Galouzeau a manifestement ce même profil. Libé ne peut qu'applaudir. Gageons que ce n'est là que le début du long accompagnement entre et le renard (argenté) et le journal (désargenté) : demain dans votre feuille de chou d'opposition, le duo centro-compatible viendra s'enrichir d'un Villepin pour un triumvirat qui rappellera les belles heures napoléoniennes.

Aéroport de Toulouse-Blagnac, quelques instants plus tard. Cette fois, la nuit est franche, le coton rougeoyant d'altitude a cédé sa place à la pluie sombre du plancher des vaches. Mon Spirit Of Saint-Louis va se poser au pays de Clément Ader. Je range ce journal qui n'a pas consacré un seul centimètre carré de ses colonnes à un vrai sujet d'actualité : la loi sécuritaro-régresssive LOPSI 2 dont l'Assemblée Nationale va débattre dans quelques jours à peine.

Et pourtant...

camera.jpgSarkozy l'avait promis en novembre, Hortefeux l'a fait jeudi à l'Assemblée : déposer un amendement gouvernemental qui vise à donner le pouvoir aux préfets de se substituer aux maires récalcitrants pour installer de la vidéo-surveillance dans les communes. Les quelques niches qui échappent encore au rouleau-compresseur de la droite sont réduites à rien. Voilà donc que des citoyens qui auront voté pour un maire sur la base d'un programme électoral refusant les caméras dans la ville verront leurs rues surveillées tout de même[2] !

Vous voulez encore de la LOPSSI 2 ? Un autre amendement, voté en commission, prévoit de conférer la qualité d’agent de police judiciaire aux directeurs de police municipale qui pourraient donc maintenant enquêter, interroger, contrôler l'identité, etc.

Vous n'en n'avez pas eu assez ? Toujours en commission, toujours un amendement, toujours voté : le couvre-feu nocturne pour les mineurs de moins de 13 ans.

J'arrête là : la gué-guerre entre le pantin grandiloquent et le nain agité est tellement plus croustillante que le recul des libertés en France.

Notes

[1] Côté à douze contre un dans la cinquième à Vincennes, terrain gras, championnat des trotteurs.

[2] Aux frais de la commune, cela va sans dire...

Dassault, humour et farces & attrapes

3 janvier 2010

serge_dassault.jpgLe Figaro nous paie parfois de bonnes tranches de franche rigolade. Rioufol, Beytout et consorts n'ont jamais été les derniers dans l'art délicat du comique-troupier. Ils sont rejoints –et peut-être dépassés– cette semaine par le taulier lui-même : le Sénateur (ex) Maire UMP Serge Dassault, par ailleurs vendeur d'armes létales et volantes all around ze world et ci-devant patron du Figaro.

L'impétrant s'est donc payé hier une demi-page d'édito dans sa propre feuille de chou. Je glisse sur la finesse de sa propagande qui aurait de quoi faire décoller la plèvre de n'importe quel gorille dépressif du zoo de Vincennes en chutant de son arbre sous le poids du rire (« Tous mes vœux à la France, qui a choisi un président dynamique et courageux », « Nos encouragements et notre appui l’accompagnent pour réformer », etc.)

Foin de ces drolatiques propos, je me contenterai ici de : 1°) reproduire la partie médiane des savants écrits du Panzer-Dassault 2°) lui poser une simple question.

Je reproduis donc :

« La France est encore paralysée par une lutte des classes toujours vivace qui épuise notre économie, et des lois archaïques et pénalisantes qui font partir nos meilleurs éléments dans des pays voisins, amis mais concurrents, qui ne connaissent pas les mêmes contraintes financières, fiscales ou sociales que les nôtres. Le déficit budgétaire reste toujours aussi élevé, et nous devons régler ce problème au plus vite. »

En suivant, je pose ma question :

Heu... qui dirige le pays depuis 8 ans ?

Salutations, camarade avionneur.

Il y a deux Sarkozy

1 janvier 2010

sarko_salut_small.jpgIl y a deux Sarkozy :

Celui du 31 décembre 2009 qui affirme, les yeux dans la caméra : «  [Dans la crise économique], notre pays a été moins éprouvé que beaucoup d’autres. Nous le devons à notre modèle social qui a amorti le choc »...

… et celui du 1er janvier 2010 qui fait officier de la Légion d'Honneur, Denis Kessler, ex numéro 2 du MEDEF et auteur des mots[1] « Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. »


Il y a deux Sarkozy :

sarkozy_voeux.jpgCelui du 31 décembre 2009 qui pérore, l'air très convaincu : « Je veux rendre un hommage particulier aux partenaires sociaux qui ont fait preuve d’un grand sens des responsabilités, aux associations qui ont secouru ceux qui en avaient le plus besoin, aux chefs d’entreprises, ils sont nombreux, qui se sont efforcés de sauver des emplois »...

… et celui du 1er janvier 2010 qui remplit la nouvelle liste de la Légion d'Honneur des seuls chefs d'entreprises, oubliant manifestement les autres catégories sus-décrites : Pierre Fabre, Louis Gallois, Jean-Cyril Spinetta, Ernest-Antoine Seillière, Denis Kessler, Anne Lauvergeon, Guillaume Pépy, René Carron, C'est un festival qui nous ferait presque confondre la liste des décorés du Nouvel An avec le listing des adhérents du MEDEF.

Il y a deux Sarkozy : celui qui se fout de notre gueule la veille du réveillon et celui qui se fout de notre gueule le lendemain du réveillon.

Notes

[1] dans une tribune du magazine Challenges, le 4 octobre 2007.

Joyeux Noël, les pauvres !

19 décembre 2009

020409SDO204C'était il y a un an. Décembre 2008. Patrick Devedjian devenait Ministre de la Relance[1] et le Point nous apprenait que, pour fêter cela dignement, le néo-promu aux ors de la République débouchait quelques bouteilles de champagne dans la noble assemblée qu'il présidait : le Conseil Général des Hauts-de Seine.

Un an plus tard, le toujours ministre et toujours président du département le plus riche de France décide de commémorer l'anniversaire en supprimant la prime de Noël attribuée depuis une décennie aux RMIstes des Hauts-de-Seine.

Sans vergogne qualifiée de « caduque » par le CG92, au prétexte que le RSA remplacerait (grassement[2] ?) le RMI, cette aide versée chaque année aux 25.000 bénéficiaires de minima sociaux disparait donc.

Plus fort encore, la justification ultime de cette suppression : « La loi en vigueur a modifié l’octroi des aides facultatives et en a institué de nouvelles. Elle impose notamment une équité de traitement de tous les bénéficiaires sur l'ensemble du territoire français. ». Pour un peu, nos concitoyens les plus mal lotis seraient ainsi traités de privilégiés, au prétexte qu'ils toucheraient quelques pécunes à Noël !

Aujourd'hui nous savons donc que, selon la droite, l'équité consiste à placer les revenus des pauvres au plancher et les impôts des riches sous un bouclier.

Le cynisme prend décidément des proportions jamais atteintes.

Notes

[1] de sa carrière ?

[2] Le RSA sera revalorisé de 1,2 % au 1er janvier 2010. Il passera à 460,09 euros pour une personne sans enfant,

Le non-cumul des mandats expliqué à mon député

24 octobre 2009

Lettre ouverte à Monsieur Georges SIFFREDI, député-maire de Châtenay-Malabry (92), président de la Communauté d'Agglomération des Hauts-de-Bièvre.

Monsieur le Député, Monsieur le Maire, Monsieur le Président de Communauté d'Agglomération,

siffredi.jpgIl y a bientôt un an, le 6 décembre 2008, je vous écrivais un courrier pour m'étonner du triple cumul de mandats que vous vous apprêtiez à assumer en succédant à Patrick Devedjian[1] à l'Assemblée Nationale. Trois mandats : autant de rôles ardus et prenants que vous ne trouviez pourtant manifestement pas nécessaire de remplir à temps plein. Autant de salaires cumulés aussi, qui vous plaçaient au plafond autorisé par la loi.

A ce courrier, vous m'aviez répondu le 22 janvier 2009, en substance, que vous vous "attacheriez à travailler le mieux possible dans l'intérêt des Français" et que vous ne "conceviez pas le mandat de parlementaire sans un ancrage local fort", ce qui vous conduisait à demeurer Maire de Châtenay-Malabry et Président de la Communauté d'Agglomération des Hauts-de-Bièvre.

J'en ai alors pris acte. Et avec moi l'ensemble des Châtenaisiens et tous les électeurs de la XIIIème circonscription des Hauts-de-Seine.

Aujourd'hui, après plus de dix mois, votre mandat peut être évalué. Et le résultat, vous me pardonnerez de le souligner, Monsieur le Député, est particulièrement inquiétant : • Présent à peine treize semaines à l'Assemblée (pour une seule intervention dans l'hémicycle !), ce qui vous place dans les 20% les moins assidus. • Dix-sept petites présences en commissions (et une seule intervention), ce qui vous situe là encore parmi les moins actifs. • Tout juste cinq amendements signés, chiffre de toute queue de peloton.

Dire que le bilan n'est pas brillant serait une litote. Ce résumé de votre activité parlementaire est la démonstration vivante de l'intérêt d'interdire le cumul des mandats.

Car de toute évidence, Monsieur le Député, cet "ancrage local", que vous souhaitez "fort", l'est tellement qu'il nuit à l'activité de législateur que sont en droit d'attendre de vous les cent trente mille habitants de notre circonscription.

Monsieur le Député, mon courrier de décembre 2008 doutait par anticipation du bien fondé du triple cumul de vos mandats. Celui d'aujourd'hui porte en lui la certitude de la preuve.

Ma question est donc simple : combien de temps allez-vous continuer de duper les citoyens du sud des Hauts-de-Seine en n'assumant pas la tâche pour laquelle ils vous croient investi, celle de "travailler le mieux possible dans l'intérêt des Français" ?

Dans l'attente de vous lire, je vous prie de croire, Monsieur le Député-Maire et Président de la Communauté d'Agglomération des Hauts-de-Bièvre, en l'assurance de mes respectueuses salutations.

Notes

[1] Il est vrai que ce dernier faisait pire encore que vous dans le désintérêt pour le travail parlementaire et a, depuis, poussé la démonstration jusqu'à cumuler la tâche de Ministre et de Président de Conseil Général.

« Pop' » fait le bruit du bouchon de champagne...

6 septembre 2009

Les « Jeunes Pop' », mouvement de la jeunesse sarkosyste, se réunissent ce week-end à Seignosse (Landes). C'est l'occasion pour eux d'abreuver le monde ébahi de vidéos qui sont autant de témoignages forts et poignants de leur rassemblement estival : des interviews de ministres débordées[1], de presque-ministres désœuvrés ou d'ex-ministres aigris-qui-ne-le-montrent-pas-trop, mais aussi de militants inconnus de l'UMP qui expriment leur bonheur à se rassembler entre jeunes.

Un trait commun à tous ces interviewés : Sans exception ils ressentent le besoin de prononcer le mot magique, le mot qui fait se caresser les femmes seules le soir dans les tribus les plus reculées de la Mongolie Intérieure, le mot qui donne à un mièvre discours de droite le plus grand éclat : "Sarkozy". Dieu vivant de l'Homo Réactionnarius, icône conservatrice, Guide Suprême, son nom vaut caution dans un discours de droite, ponctuation et respiration dans une phrase umpiste.

Ce qui est nouveau en revanche c'est cette volonté de changement à droite : après plus de sept ans de pouvoir, il était temps, me direz-vous. Ah oui, manant ! Parce que c'est là le slogan de nos post-adolescents droitiers : « Changeons le Monde » qu'ils nous balancent sans crier gare, les p'tits jeunes de Seignosse. Diantre ! Ils étaient à deux doigts de nous servir « Changer la Vie » mais quelques chose a du les arrêter au dernier moment.

Et puis hier soir, il y a cette vidéo. Belle à en pleurer : le jeune-de-droite donne son sang. Oui, ami lecteur, je reconnais avec toi le courage d'inspiration gaullienne de tous ces jeunes conservateurs qui sont prêts, au cœur de leur week-end landais et au mépris de la crainte de la piqure, à sacrifier un moment de détente avec une coupe de champagne pour une souffrance christique désintéressée.




Globules rouges, plaquettes, association de lutte contre la leucémie, tout y passe. C'est beau comme le plafond de la Chapelle Sixtine, émouvant comme du Jacques Brel, crédible comme une affiche de Chirac en 1974.

Comme le dit l'un des interviewé : « C'est une très bonne idée d'avoir installé un don du sang sur le campus, ça peut donner envie avec des jeunes qui ne donnent pas leur sang de le faire ». Oui camarade jeune, sauf qu'il y a en France des gens en bonne santé qui voudraient donner mais ne le peuvent pas.

Une jeune fille qui arbore fièrement des Rayban™ à l'intérieur enchaine : « Je pense que tout le monde devrait le faire ». Certes, camarade occulo-protégée, sauf qu'il t'a peut-être échappé que tout le monde n'en a pas le droit.

Il semble donc utile de rappeler à nos militants umpistes qu'en France, par la décision d'un gouvernement rétrograde et conservateur, les homosexuels sont exclus du don de sang. Au nom du principe de précaution, au nom du pourcentage élevé de porteur du VIH dans « les populations homosexuelles » (© Roselyne Bachelot) qui serait, selon notre ineffable ministre, « de 10%, et même de 20%[2] »




Mais bonne nouvelle, Roselyne Bachelot nous l'annonce : « Bien entendu, si le taux de porteurs du VIH parmi les homosexuels baisse, évidemment la contre-indication sera levée » Sauf que, léger détail, il n'y a pas de vaccin contre le SIDA. Donc pour faire baisser le taux de porteurs du VIH, c'est mathématique : il faut soit que les porteurs du virus meurent en masse, soit que le nombre d'homosexuels « non-porteurs » augmente. A priori, personne ne souhaite voir se développer le premier cas et il semble difficile de jouer sur le second. Conclusion : les homosexuels sont discriminés et le resteront. Merci qui ? merci la droite.

Alors camarades jeunes de l'UMP, toujours prêts à « changer le monde » (des blancs-hétérosexuels-mâles-de-moins-de-quarante-ans) ?

Notes

[1] Prix spécial du jury à Christine Lagarde pour la vidéo la moins maitrisée, la plus improvisée et, pour tout dire, la plus bafouillante de l'histoire la Vème République

[2] Note, ami lecteur, le haut degré scientifique de ces chiffres qui varient du simple au double, laissant augurer d'un travail rigoureux et d'une réflexion mûrement réfléchie.

Rémunérations dans les banques : le vrai trader est à l'Elysée

5 août 2009

MoneyIl y a quelques jours, je soulignais, l'air faussement surpris, à quel point, en cette période de crise aiguë, les laboratoires pharmaceutiques se portaient fort bien, Tamiflu® et ses amis vous remercient. Aujourd'hui, ce sont les banques qui affichent fièrement leurs bénéfices retrouvés. Société Générale, BNP Paribas, Barclays ou CIC arborent un petit sourire aux coin des lèvres (qu'elles ont aussi charnues que leurs coffres sont ventrus) qui ne nous dit rien qui vaille.

A peine sortis d'une crise provoquée par les délires financiers de ces mêmes banquiers, nous voilà contraints de contempler le spectacle de leur bonheur retrouvé (avec notre argent[1]).

Et voilà qu'hier Libération achève de nous faire regretter l'age de pierre[2] en révélant le « scandale » du milliard provisionné par BNP en guise de cadeau de Noël 2009 à ses traders les plus joueurs méritants.

dostoievski_le_joueur_2.gifMais la vérité, cher lecteur, c'est que le scandale est ailleurs. Évidemment, il est choquant que des milliards censés renflouer des banques aux abois en 2008 puissent être utilisés en 2009 à des rémunérations personnelles faramineuses. Bien entendu, la « moralisation » prétendument exigée par un gouvernement comme contrepartie aux aides publiques n'était qu'une farce pathétique.

Mais à quoi bon dénoncer le symptôme quand la pathologie est systémique ? Il n'y a pas de « moralisation » possible, le leurre de ce mot se démontre tous les jours. Il ne s'agit pas de « moraliser » le capitalisme, il s'agit d'y mettre des règles. C'est-à-dire des lois, pas des « gentlemen's agreements » auto-gérés dont l'affaire du jour nous prouve l'inefficacité.

Les médias, les commentateurs, les Experts La Défense des plateaux-télés : tous fustigent les banquiers ou leurs animaux de compagnie les traders, comme des irresponsables. L'erreur est grossière : l'escroc n'est pas à la banque mais au gouvernement. Le dissimulateur n'est pas sur les places boursières mais à l'Élysée, à Matignon, à Bercy et à l'Assemblée.

roulette.pngCar si la BNP peut « continuer comme avant », c'est que, malgré les effets de manche de gouvernants complices, rien n'a changé. Du reste, à Libération la BNP a tranquillement rétorqué qu'elle « respectait scrupuleusement les règles établies pour les bonus dans les banques telles qu’elles ont été établies par le G20 ». Je vous laisse juge des décisions impitoyables et définitives qu'un G20 aux muscles bandés a bien pu prendre pour que tout reparte six mois plus tard comme au bon vieux temps. Tristes gouvernants de la planète, incapables malgré une crise d'une ampleur sans précédent de se réapproprier un pouvoir qu'ils ont abandonné depuis des décennies aux financiers.

Le Parti Socialiste lui, par la voix d'un communiqué justement outré ce soir, pointe les carences de l'État qui « n'est pas entré au capital des banques » renflouées il y a quelques mois. Nous progressons, le portait-robot du coupable commence à être ressemblant. Le trader n'est qu'un vague complice et le banquier un pauvre chef de bande à côté du laisser-faire du parrain gouvernemental.

Toutefois, le PS fait erreur : dans le cas de la BNP, l'Etat est justement entré dans le capital de la banque : en mars dernier, avec plus de 5 milliards d'euros d'actions achetées, il en est même devenu le principal actionnaire : 17% du capital. Mais, il faut écarquiller les yeux pour le croire, l'État a fait le choix de ne pas siéger au conseil d'administration ! Oui, ami lecteur, Sarkozy-Fillon-Lagarde ont fait de l'État un actionnaire principal qui ne veut pas administrer la BNP[3] : ne pas y mettre le nez, ne pas peser sur les orientations prises... et donc sur les modes de rémunérations de la banque !

doigts-croises.jpgAussi, à Christian Estrosi qui pousse l'enfumage jusqu'à préciser que « ce n'est pas le gouvernement qui vérifie si les banques respectent les règles en matière de rémunérations », je ne vois pas autre chose à répondre que : « Tu ne te foutrais pas légèrement de notre gueule, coco ? »

Double-jeu permanent entre mots dans les médias et vraie action en coulisse, novlangue néo-libérale où « vérité » de dit « propagande » et « contrôle » se prononce « désengagement », nous sommes là dans le schéma décidément classique de la droite : démanteler les possibilités d'actions de l'État pour mieux en montrer la carence, mieux démontrer l'indispensable laisser-faire de la sphère économique.

Notes

[1] Vie personnelle de l'auteur, avec de vrais morceaux pipoles dedans : Il y a une quinzaine de jours, mon aimable banquier (qui est aussi assureur, c'est vous dire s'il est honnête homme) me prélevait sa traditionnelle dime estivale : 12 €. Étant garçon fort organisé, j'ai pu, grâce à un incomparable rangement informatique dont j'ai le secret (bancaire ?), rapprocher cette somme de celle de 2008 : 7,50€. Je laisse quelques secondes au lecteur pour admirer la « très légère » inflexion du prélèvement de l'assuro-banquier : 60% ! Comme le clame fièrement la présentation des résultats de celui qui prend grand soin de mon argent, fournis aujourd'hui même à la presse ébahie: « Notre confiance dans la stratégie d’AXA se trouve renforcée par la solide performance du Groupe au premier semestre 2009 ». Tu m'étonnes...

[2] où pas un roi ne battait monnaie.

[3] Rappelons au passage que la crise a été d'autant plus bénéfique pour BNP qu'elle lui a permis au passage d'avaler Fortis, banque franco-belge qui ne valait plus que quelques roubles il y a un an. Et hop, une écrevisse de plus dans la musette.

Le trou de la sécu ou la sémantique de la dé-solidarité

1 août 2009

scrabble.jpgIndiscutablement, les néo-libéraux ont, ces dernières années, emporté la bataille culturelle dans le débat politique, imposé une guerre des mots qu'ils ont à l'évidence gagnée. A tel point que la gauche a fini par ne débattre qu'en fonction des dogmes libéraux, s'y opposant certes, mais les plaçant ainsi au centre de la pensée politique... quand une partie de cette « gauche » a, elle, franchement repris à son compte les paradigmes du néo-libéralisme pour en faire la promotion tout juste teintée d'une atténuation, pompeusement nommé « justice sociale ».

Les combats sémantiques ne sont pas neutres, loin s'en faut. Ils cachent systématiquement des choix idéologiques. J'entame par ce billet un « contre-dictionnaire » libéral qui prétend mettre en perspective ces mots qui, repris à l'unisson par tous les bords de l'échiquier politique, empêchent le débat et tuent, avant même la moindre argumentation, toute pensée « différente », donc innovante.

Pourtant, contrairement à ce que font croire tous les « c'est une évidence... » ou les « tout le monde sait bien que... » qui habillent les discours politiques dominants, en politique ou en économie, rien ne va de soi : tout se démontre. Sauf à appauvrir le débat.

Aujourd'hui, le « trou de la sécu », ce fameux gouffre que tout le monde combat. La seule question qui semble se poser au pays étant : « comment le réduire ». Et pourtant...

carte_vitale.jpgPourquoi la sécurité sociale, c'est-à-dire la santé des français, devrait-elle être équilibrée à elle seule ? Est-ce que l'éducation est rentable ? Par définition non, mais l'on dépense sans barguigner pour nos enfants sans se demander ce qu'ils rapportent, simplement parce que l'éducation est un bien pour lequel la collectivité paie. Pour le coup, c'est une évidence couramment admise. Est-ce que le service des pompiers est rentable ? Non, me répondrez-vous dans ce sourire que je devine.

Or, pour la santé, il faudrait entrer dans une bonne gestion en propre, un équilibre financier semblable à celui d'une entreprise du CAC 40. Des recettes affectées, auto-suffisantes et des dépenses contraintes dans ce cercle. Telle est le raisonnement qui se cache derrière l'expression « trou de la sécu »[1]

feuille_soin.jpgQuel autre domaine subit un tel diktat, celui de la dénonciation du « "trou" » ? Autant dire « de la mauvaise gestion », les mots seront plus clairs. Par exemple, Quelqu'un a-t-il pensé à qualifier de « trou » les milliards offerts par la droite aux plus aisés dans le paquet fiscal ? Il est fort dommage qu'il n'en soit pas ainsi parce que ce n'est plus un trou, c'est un gouffre abyssal.

Alors en ce début d'été, médias et UMP à l'unisson écarquillent les yeux devant les chiffres : 10 milliards de déficit en 2008. Pourtant ce chiffre est assez stable depuis 2003 ! Et à l'aune du budget général de lé Sécu (400 milliards), il est à relativiser et à rapporter à sa juste proportion... c'est-à-dire 2,5%.

Mais c'est surtout la prévision de solde négatif de 20 milliards pour 2009 qui fait hurler d'effroi la droite. Par "d'effroi", il faut en réalité comprendre "de bonheur" car, par une remarquable entourloupe démagogique et populiste, nos amis de l'UMP voient là l'occasion de démontrer qu'il faut « réformer » la sécu, c'est-à-dire la « 'détruire ». Et les diables ne s'en sont pas privés.

woerth_bachelot.jpgAussitôt LE chiffre paru, les réactions ont fusé qui avaient toutes comme cible les reculs sociaux : augmentation de l'age de la retraite, baisse des dépenses de santé, traques des faux arrêts de travail : le festival attendu a bien eu lieu.

Pourtant, dans un solde, s'évaluent par définition les dépenses ET les recettes. Par un artifice idéologique, les troupes anti-citoyennes de Sarkozy pointent d'un même doigt les vilaines dépenses qu'il faudrait revoir à la baisse. Or dans le "pic" annoncé de 20 milliards, ce sont bel et bien les recettes qui font défaut. Et les raisons en sont connues. Beaucoup sont liées à la crise puisque les recettes de la Sécu reposent essentiellement sur les cotisations sur les salaires. Et les salaires ? Il y en a moins ! Et les salaires ? Ils sont moins hauts ! (La faute à qui ?) Et les salaires ? Une partie est défiscalisée du fait de ces heures supplémentaires 0% parfaitement imbéciles que ces Messieurs persistent malgré la crise à exonérer de toute cotisation ! Quant aux cotisations des entreprises, les gouvernements de droite passent leurs temps à légiférer pour les en dédouaner au maximum.

reagan_thatcher.jpgBref, d'une main cachée dans le dos, la droite organise la baisse des recettes de la sécu et de l'autre pointe une augmentation des dépenses à qui il faudrait tordre le cou.

Et baisser les dépenses c'est, comme toujours avec les néo-libéraux, rendre responsable chaque français : traquer ceux qui abusent du système (sachant que si l'on estime à 2% la triche[2], je rappelle ici que 2% de 2% du budget général de la sécu, ce gouvernement qui prône l'efficacité a donc pris en main 0,04% de la question).

Mais peu importe pour eux, l'objectif n'est pas de résoudre le problème mais de gagner la bataille culturelle : faire entrer dans nos faibles esprits que le système redistributif et collectif, tel que nous le connaissons, n'est plus tenable, que chacun doit se sauver soi-même. L'individualisation forcenée de la société en somme.

caducee_pharma.jpgEt la CNAM de proposer des mesures pour combler une partie du déficit, qui ont toutes la particularité de restreindre l'offre de soin et surtout... de ne jamais cibler ceux qui profitent très grassement du système de santé : les entreprises qui fabriquent les médicaments ! Sanofi-Aventis profite de la crise pour dégraisser en Ile-de-France et à Toulouse, mais fait dans le même temps des bénéfices pharaoniques et redistribue tant et plus à ses actionnaires. Et croyez-vous que dans la chaine de la santé, quelqu'un suggère que taxer Sanofi, Roche ou Pfizer serait envisageable ? Que nenni ! La chasse au médecin grugeur ou au citoyen fraudeur est ouverte[3] mais le tapis rouge pour les entreprises qui vivent de ce dont on crève est déroulé. Pourtant, un laboratoire comme Roche vient d'annoncer trois milliards d'euros de bénéfices pour le seul dernier semestre. Ce n'est pas la crise pour tout le monde[4].

La vérité est nue : ce gouvernement, sur le même modèle qu'il instrumentalise les peurs pour mettre en place une politique ultra-sécuritaire, instrumentalise les défauts de tous les systèmes de solidarité pour les démanteler et prôner la responsabilité individuelle : retraite, système de santé, déficit public, autant de sujets qui permettent à la droite de faciliter, selon un modèle anglo-saxon qui a pourtant montré -et plus encore à l'occasion de cette crise financière- qu'il ne fonctionnait pas, la retraite par capitalisation personnelle, l'assurance maladie individuelle ou le « moins d'État » en général.

friedman.jpgAu fond, le sujet est plus philosophique qu'il n'y paraît. Lorsque le guépard surgit, les gazelles de droite estiment devoir toutes courir le plus vite possible pour sauver le maximum d'entre elles. Les gazelles de gauche estiment tout naturel de se regrouper en un même bloc et faire front pour les sauver toutes.

C'est de modèle qu'il s'agit. Et prétendre que le gouvernement actuel, du fait d'un vague saupoudrage de quelques mesures prétendument sociales, ne serait pas franchement néolibéral serait être aveugle et sourd à la réalité.

Le Guide Suprême de la Sarkolution™ l'a annoncé à Versailles le 22 juin dernier lors de son sacre quasi-rémois : « Nous serons au rendez-vous de la réforme des retraites (...) Quand viendra le temps de la décision à la mi-2010, que nul ne doute que le gouvernement prendra ses responsabilités (...) C'est une question d'honneur, de morale à l'endroit des générations qui vont nous suivre: nous ne laisserons pas un euro d'argent public gaspillé »

guillaume_sarkozy.jpgQuinze jours plus tôt, c'est l'assurance maladie qu'il entendait « moderniser », c'est-à-dire offrir au secteur privé : « Je souhaite que soient confiées de nouvelles responsabilités aux organismes complémentaires (…) La solidarité nationale, financée par des prélèvements obligatoires, continuera de remplir sa mission, a prédit le chef de l'Etat. Mais à ses côtés, d'autres formes de protection sont appelées à se développer. » Et vous avez quoi ? Nicolas a un frère[5] Guillaume Sarkozy, qui se trouve être, mais c'est bien entendu un hasard total, Directeur Général de Mederic, un groupe d’assurance-santé et assurance-retraite, autant dire un organisme complémentaire à qui Le Guide Suprême de la Sarkolution™ souhaite « confier des nouvelles valises de billets responsabilités ». Dingue, non ?

Dans le débat sur les retraites qui s'annonce, j'ose croire aujourd'hui que la gauche ne va pas se contenter d'une aimable conversation technique sur la prise en compte de la pénibilité dans le calcul des retraites ou d'une vague et molle protestation sur l'allongement de la durée des cotisations. L'heure est l'opposition frontale aux projets destructeurs des piliers de notre république par un gouvernement nauséabond. Non par anti-sarkozysme, mais par opposition à un modèle inacceptable pour de vrais gens de gauche.

Car au fond, il n'y a pas de « trou de la sécu », il n'y a que les dépenses d'une société solidaire pour ses malades et ses anciens.

Notes

[1] ... qui ne veut d'ailleurs rien dire puisqu'il mélange pêle-mêle toutes les branches de la sécurité sociale : maladie, vieillesse, etc.

[2] estimation énorme ! La réalité doit être bien moindre.

[3] A tous, je recommande de lire ceci pour comprendre les méthodes de fabrication de statistiques totalement bidons de la part de la CNAM à propos des arrêts de travail, curieusement exploitées en à peine quelques jours par not' bon ministre pour justifier ses mesures anti-sociales.

[4] ... Surtout quand un gouvernement surmédiatise une grippette faussement pandémique et pré-commandent, sans le moindre élément médical sur la gravité supposée du H1N1, 100 millions de doses de vaccins à des laboratoires qui sont parfaitement incapables de les fournir dans les temps : qui s'étonne que Sanofi, Pfizer ou Roche se portent comme des charmes ?!...

[5] « Monsieur » donc.

In les medias stat veritas... ou presque.

31 juillet 2009

Dans un même et magnifique mouvement d'ensemble, la presse reprend ce matin le même titre : « 70% des employeurs préfèrent recruter un homme qu'une femme »

« Diantre ! », m'affirmai-je à l'intérieur de moi-même, si le Point, TF1, France 2 et l'Expansion le disent...

La source unique des articles ainsi titrés étant la DARES, ce fameux organisme ministériel[1] chargé d'enquêtes sur le monde du travail, je m'y rends illico presto via les chemins tortueux de l'internet, pour me rendre compte après quelques secondes à peine que le titre choisi par nos médias est un mensonge pur et simple ! Du lourd, du grossier, du flagrant. En réalité l'enquête dit que « 28% des employeurs interrogés déclarent ne pas être indifférents au genre lors du recrutement » et, question suivante, que parmi ces 28%, 20 préfèrent un homme et 8 une femme.

homme_femme.jpgLe vrai titre aurait donc du être, c'est d'un niveau de CM1, « 20% des employeurs préfèrent recruter un homme qu'une femme » ! Avouez que les choses prennent toute de suite une autre tournure[2].

Ce n'est pas en racontant n'importe quelle bêtise sur un ton docte que l'on fait progresser la cause que l'on prétend défendre. La vérité, c'est que les discriminations envers les femmes se font sur les salaires de façon démontrée et sur le temps partiel non choisi qui précarise les belles bien plus que les mâles.

Allez chercher dans une pseudo-enquête les 5% de misogynes indécrottables pour combattre la bêtise en est une autre (de bêtise). Pendant l'été, nos médias font décidément peu de progrès[3].

A ceux qui parcourent ces lignes, je propose plutôt de lutter utilement pour le droit des femmes en participant à la manifestation nationale qui aura lieu le 17 octobre 2009 à Paris.

Notes

[1] ...dont j'avais déjà parlé il y a quelques temps à propos d'une de ces belles enquêtes que nos statisticiens d'État avaient concoctée.

[2] d'autre part, les disparités très fortes entre secteurs empêchent probablement toute réflexion d'ensemble : sur un chantier peu de femmes, chez les infirmières moins d'hommes, etc,

[3] Mention spéciale à Europe 1 tout de même qui exprime très correctement, dans sa ressource mise en ligne, les chiffres de la DARES.

Niger, démocratie de l'atome

10 juillet 2009

niger.gifAu Niger, sorte d'uranium-land sub-algérien où les touaregs sont tolérés à condition de ne pas gêner l'extraction du métal nucléaire[1], le président local, Mamadou Tandja tente en force de se faire élire pour un troisième mandat : tripatouillage de constitution qui interdit (la garce !) de dépasser dix ans de pouvoir et menaces diverses sur les parlementaires et le Conseil Constitutionnel.

En Europe, les grands combattants pour la liberté ont donc dégainé l'arsenal diplomatique pour dénoncer l'infâme. Communiqué du président de la Commission au nom des vingt-sept :

« L’Union européenne exprime sa plus vive préoccupation devant les derniers développements politiques survenus au Niger. La décision prise de la présidence du pays de recourir à l’article 53 de la Constitution, en dehors du contrôle parlementaire, puis de dissoudre la Cour constitutionnelle constitue un revers pour la démocratie nigérienne. »

« Un revers pour la démocratie nigérienne » ? Diantre et ventrebleu réunis ! Mes amis, ils sont très fâchés à Bruxelles, non ? Mamadou Tandja doit trembler de tous ses membres à la lecture d'un texte aussi virulent... De telles menaces dans aussi peu de mots, quel allant dans la dénonciation, quelle explosion de colère ![2],

areva-lauvergeon-sarkozy.jpgQuant à notre Guide Suprême de la Sarkolution™, il a lui aussi parlé sans détour en estimant la situation au Niger « décevante ». Et il s'y connait Sarkozy en Niger : il y était encore il y a quelques semaines avec sa Conseillère en Ressources Naturelles : Anne Lauvergeon. Et là, le pauvre est « déçu » que le dictateur dictarorise. Disons le tout net : il en est marri.

Toutes ces déclarations sur la situation politique du tout petit Niger... je ne sais pas vous, mais moi je trouve que le chargé de communication d'Areva écrit très bien.

Notes

[1] 2ème producteur mondial d'uranium et 142ème au rang de la pauvreté : cherchez l'erreur.

[2] Ceux qui auront eu le courage de lire ce texte jusqu'au bout auront noté à la toute fin, en guise de clou du spectacle, que l'UE précise : "le Liechtenstein se rallie à la présente déclaration". L'Axe des forces du Bien est donc au complet...

Au bon marché rive gauche

4 juillet 2009

orelsan.jpgOrelsan, ce rappeur que je ne connais, comme beaucoup, qu'à travers la polémique imbécile autour de sa chanson « Sale P*te », fait son retour sur le devant scène médiatique à l'occasion de son éviction de la scène... du festival des Francofolies de la Rochelle.

Entendons nous bien, je trouve cette chanson nullissime et si je ne connais rien au reste du répertoire de ce chanteur, je n'y ai pas trouvé l'envie de fouiller le catalogue chanté de l'impétrant. Une erreur peut-être ? Mais peu importe, il ne s'agit pas de moi ici.

Il est absolument consternant de voir ce prêt-à-penser qui s'empare de prétendus engagés dans le combat pour le droit des femmes ou contre les violences qui leur sont faites. Quelle tristesse, ces positions bon marché de nos élus, parmi lesquels des socialistes. Ségolène zola_j_accuse.jpgRoyal et François Bonneau, qui président les régions Poitou et Centre, par exemple, voient peut-être dans la fabrication de cette non-affaire l'occasion de démarrer leur campagne électorale de mars 2010 ? Ou alors s'offusquent-t-il sincèrement des paroles d'une chanson d'un artiste que personne ne connait ? Auquel cas, le combat féministe a de bien tristes jours devant lui. Parce qu'il y a beaucoup mieux à faire contre les discriminations que s'en prendre à un rappeur incertain, en criant plus fort dans la Charente Libre qu'Émile Zola dans l'Aurore.

bon_marche.jpgLa première polémique autour d'Orelsan il y a quelques mois était risible. Sa réalimentation aujourd'hui s'apparente à de la franche censure. Les festivals étant d'une manière générale largement subventionnés par les collectivités locales, les prises de positions des élus à la tête de ces exécutifs et le revirement des programmateur de festivals sont à cet égard troublants. Le combat pour une culture libre est lui aussi égratigné.

La pensée politique simpliste et bon marché de certains fait peur à voir. Surjouer une scène a toujours fait de mauvais acteurs. S'offusquer si haut de telles broutilles dévoile la faiblesse des positions pour ne pas dire une boussole fluctuante des valeurs.

Priez pour eux, pauvres lêcheurs

11 mai 2009

Pendant que des types pauvres crèvent tous les jours dans nos rues de la politique de plus en plus injuste de la droite... sdf.jpg

... de pauvres types, eux, en vivent.

lang.jpgsarkozy_kouchner.jpg

L'apologie répétée et systématique du sarkozysme par Kouchner et Lang nous donne toujours l'occasion de hoquets au goût amer.

Aujourd'hui, ce sont les pitreries du premier sur sa fausse valse-hésitation autour d'un bulletin de vote UMP qui rivalisent joyeusement avec le ridicule du second, ultra-lifté de la jet set parisienne qui voit dans la lamentable et décalée loi HADOPI un combat culturel d'avant-garde[1].

Et pendant que ces deux pauvres types boivent leur honte avec délectation[2], d'autres types, pauvres d'eux ! n'ont à boire que ce que leur laisse notre charité. C'est notre honte à nous...

Décidément, les adages sont de bien piètre conseil : croyez-moi, ce ne sont vraiment pas les meilleurs qui partent les premiers. Lang et Kouchner s'accrochent.

Notes

[1] rappel des épisodes précédents : ici.

[2] dans des coupes à champagne en Baccarat®

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21 avril 2009

lang.jpgJack Lang s'excuse auprès de ses camarades socialistes : il votera la loi HADOPI. Il est ainsi fait Jack que le copinage mondain-people-rolex-djeunz-showbiz avec les artistes de la chanson française dépasse de loin son envie de combattre les mesures liberticides contenues dans la loi de Dame Albanel. C'est donc avec force courage qu'il nous fait savoir par les ondes qu'il votera avec les amis de Nicolas Sarkozy la loi "Création et Internet" concoctée par les amis de Nicolas Sarkozy pour les amis de Nicolas Sarkozy[1].

Vous me direz dans un soupir épuisé, un peu las devant tant de bassesse[2] et les duperies auto-promouvantes de certains : « Quelle triste nouvelle... »

Erreur, ami lecteur ! Au vrai, il s'agit là de bonne et réconfortante information : Jack Lang va enfin pointer le bout de son nez[3] à l'Assemblée Nationale. Assurément, l'apparition sera nouvelle, les vigiles tomberont des nues, les murs, pourtant fort vieux, en vacilleront d'émotion et il nous faudra nous en réjouir. Car il a fallu que le beau et grand Jack apprenne l'existence de débats et de votes au pays des députés pour qu'enfin il envisage sa venue dans l'hémicycle de la représentation nationale. Merci donc aux députés socialistes d'avoir fait capoter le vote de la loi HADOPI et ainsi médiatiser ce projet auprès du fort distrayant (et gouleyant) député de Boulogne.

Car Jack Lang voudrait également adresser ses excuses auprès des électeurs qui l'ont choisi comme député du Pas-de-Calais : il n'a hélas pas pu intervenir en séance depuis deux ans. Il est confus qu'il en soit ainsi mais promet d'envisager une prise de parole in hémicycleo (en faveur de Sa Grandeur Élyséenne) dès que possible.

Ce sera là encore réjouissante nouvelle : D'après mes sources, le serveur qui héberge le site internet de l'assemblée nationale commence à terriblement déprimer d'afficher à chaque requête concernant l'activité de Jack : « Aucun document trouvé pour cette catégorie ».

an_jl.jpg
Je souhaite donc exprimer ici mes plus plates excuses auprès du webmestre de l'Assemblée Nationale ainsi qu'auprès du Trésorier d'icelle : à l'un pour tous ces documents fantômes, à l'autre pour tous ces salaires fantômes.

Notes

[1] Bénabar, ne t'inquiète pas : Jack s'occupe de tout. Et préviens Universal et Sony que tout est sous contrôle.

[2] Je le concède, il est toujours fort attristant de de contempler un homme à genoux

[3] ... qu'il a fort allongé des mensonges répétés de sa longue et servile carrière.

François, Jean-Luc et Frédéric

18 avril 2009

francois_hollande.jpgSur notre bonne vieille Terre, il y a deux catégories de dirigeants : ceux qui ont conduit les leurs à des victoires claires et retentissantes et ceux qui ont perdu bataille sur bataille en laissant leurs troupes dans un marasme inqualifiable (au mieux par incompétence, au pire à des fins de gloire personnelle). Une fois les guerres achevées, les premiers ont évidemment la légitimité avérée des fins stratèges pour que pèse leur parole. François Hollande, lui, serait vraiment inspiré de se taire.

L'entendre parler des alliances avec Modem en plein lancement de campagne européenne n'est bien sûr pas le fait du hasard. L'objectif est à l'évidence de savonner la planche de son propre Parti pour le scrutin du 7 juin[1].

Il serait fâcheux que le rituel hollandais du tacle à ses amis, du but contre son camp, se généralise. Souvenons-nous il y a un mois de son instrumentalisation de la liste de la région « Centre » aux élections européennes, seule à ne pas avoir été validée par les militants.

jl_melenchon.jpgAutre récidiviste du geste de Kung Fu envers le Parti Socialiste : Jean-Luc Mélenchon. Quant il y était encarté (et en vivait), son existence médiatique même reposait sur un porte-à-faux quasi systématique. A présent qu'il a quitté le navire[2], sa seule cible reste le PS. L'entendez-vous fustiger la droite modemo-umpiste ? Combattre le Front National ? Que nenni ! Le Mélenchon est programmé pour dire que le PS est de droite. On existe comme on peut, surtout quand on arrive à peine à boucler des listes aux européennes, n'ayant trouvé d'allié que chez les communistes. Méprisé par le NPA, snobé par les autres composantes de la gauche, Mélenchon y gagnerait à faire une campagne un peu plus digne que le crachat répété sur son plus proche voisin[3].

Tout cela me fait penser que le PS, raillé de toute part, attaqué de gauche et de droite, est tout compte fait bien revenu au centre du jeu politique. Et à ce jour, le seul parti en ordre de bataille pour le scrutin du 7 juin. Car que dire alors de l'UMP... sinon rire ?

A quelques semaines de l'élection, le parti au pouvoir n'a toujours pas constitué une seule liste ! A grand'peine, un site web est né, sans programme (et pour cause !), sans autre nom que celui des têtes de listes (et pour cause !), avec un slogan risible « Quand l'Europe veut, l'Europe peut » que, par bonté d'âme, je m'abstiendrai de commenter plus avant.

frederic_lefebvre.jpgA propos de slogan, la dernière sortie de Frédéric Lefebvre, l'ineffable rottweiler[4] maniaco-dépressif de l'UMP, vaut le détour : « Benoît Hamon a tout faux. Ces élections européennes sont trop importantes pour notre pays pour qu'on les détourne de leur objectif : changer l'Europe. » Changer l'Europe ? Voilà qui tombe bien, mon bon ami, c'est précisément le slogan de campagne du Parti Socialiste ! Merci de le valider aussi fermement, cela nous ravit fort. Et nous glisserons sur l'incroyable formulation « les élections européennes sont trop importantes POUR NOTRE PAYS » qui en dit long sur votre engagement européen ! Il est vrai que l'exemple vient d'en haut où la punition suprême contre des ministres en disgrâce consiste à les obliger à être candidates au Parlement européen et où l'Europe n'est vu que comme un terrain de jeu personnel pour briller et s'auto-congratuler.

Non, en vérité je vous le dis, ce début de campagne est clairement favorable au Parti Socialiste, n'en déplaise à François, Jean-Luc et Frédéric. Reste à enfoncer le clou jusqu'au 7 juin.

Notes

[1] Aux journalistes qui lui objectent que Ségolène Royal avait abordé la question de l'alliance avec le Modem en 2007 à travers le vrai-faux débat d'entre-deux tours, l'impétrant rétorque sans rire : « On ne règle pas une question d'alliance entre deux tours d'une présidentielle. » ! Parce que bien entendu, comme chacun le sait, en pleine campagne électorale européenne et dans une interview isolée à un hebdomadaire, c'est mieux ?

[2] Pour rappel aux plus oublieux : avant même les résultats du Congrès de Reims, laissant ainsi ses alliés de motion se débrouiller pour ledit Congrès.

[3] Le score s'en ressentira, j'engage les paris aujourd'hui.

[4] (croisé caniche).

Noir pétrole

14 mars 2009

bleu_petrole.jpg
Les plus crédules s'inquiètent d'un vendredi 13. J'ai moi la détestation du jour d'après, ce samedi 14.
Alain Bashung, 01/12/1947 - 14-03-2009

Antilles-Neuilly, même combat

7 mars 2009

nationale_13.jpgAprès quarante-quatre jours de grève générale, de vraies-fausses négociations, d'aller-retours tragi-comiques de la part du Sécrétaire d'Etat aux DOM-TOM, de silences présidentiels ostensibles, la Guadeloupe a retrouvé un peu de calme et mis fin au conflit social majeur de ce début d'année. Bien sûr tout reste fragile : les patrons disent oui du bout des lèvres, pour ne pas dire que certains disent non, l'État doit encore prouver sa volonté de changer les choses en profondeur et non en trompe l'œil par l'octroi ponctuel de quelques piécettes à la couleur plus caritative que politique. Mais parce qu'ils n'ont rien lâché, parce que les revendications étaient justes, parce que la situation ne pouvait tout simplement pas durer, les Guadeloupéens ont obtenu de belles avancées.

Le secrétaire d’Etat Yves Jégo[1] chiffre à 850 millions d’euros l’effort financier de l’Etat en réponse à la crise.

Ce chiffre de 850 millions en vaut un autre me direz-vous ? Il m'a pourtant frappé : c'est exactement le montant prévu par les pouvoirs publics pour la couverture de la Nationale 13 à Neuilly-sur-Seine. Cette Nationale, qui prend le nom d'Avenue Charles de Gaulle en traversant la ville des Sarkozy père et fils, fait beaucoup de bruit aux oreilles de ses habitants (qui, rappelons-le, sont, malgré la loi, 97% à ne PAS habiter dans des logements sociaux que les maires successifs ne construisent pas.)

De là à conclure qu'il est plus facile, par un ou deux effets de manche de Jean Sarkozy, d'adoucir la vie des cadres supérieurs des Hauts-de-Seine[2] plutôt que l'insupportable « vie chère » des Antillais au long et douloureux combat, il n'y a qu'un pas...

Notes

[1] L'homme qui coûte plus cher à l'État en kérosène qu'en téléphone.

[2] ... en rappelant de surcroit que les employés et ouvriers du « neuf trois » n'ont pas cette chance : eux qui habitent dans des barres d'immeubles traversées par des autoroutes urbaines, au ras de leurs fenêtre n'ont jamais vu fleurir le moindre projet d'investissement pour la couverture de cette pollution !

Entouw'loup' à la Gwadloup'

15 février 2009

gouadeloupe_carte.jpgAux Antilles, la politique ne doit pas toujours être auscultée à l'aune des codes métropolitains. Les élus de gauche peuvent y revendiquer farouchement leur religion comme argument politique et peuvent même ne pas cacher leur homophobie. J'en parlais dans ces colonnes il y a un an.

Aujourd'hui, la vie politique antillaise se distingue à nouveau, cette fois sur le terrain social. Alors que des milliers de Guadeloupéens et Martiniquais manifestent depuis de longues semaines contre les incroyables injustices qu'ils subissent et cette « vie chère » qui les étrangle au bénéfice de quelques nantis (généralement blancs et mâles), voilà que Jacques Gillot et Victorin Lurel, respectivement présidents du Conseil Général et du Conseil Régional de la Guadeloupe demandent dans un communiqué officiel « un assouplissement de la grève générale pour que le pays vive plus normalement (…) et permettre la libre activité des entreprises qui le souhaitent ».

Avouez que l'UMP n'a peur de rien ! Faire donner la charge contre les manifestants alors que la révolte est profonde, que les revendications sont justes et que l'exploitation des travailleurs locaux est patente : reconnaissons ensemble que la droite est là dans une nouvelle provocation anti-sociale. Messieurs Bertrand, Devedjian, Fillon et Sarkozy peuvent être fiers de leurs élus ultra-marins : la politique réactionnaire qu'ils prônent et mettent en place à l'échelon national est bien répercutée par leurs armées d'élus locaux.

Au plus fort de la tempête, de la grogne devenue colère, défendre les entreprises qui exploitent, défendre le fonctionnement du « Marché » contre des consommateurs étranglés, voilà la plus pure tradition de la droite rétrograde. Mais au vrai, où est la surprise ? Qu'aurait-on pu attendre d'autre de la part d'élus UMP que la dénonciation des plus faibles au profit d.......................

Attendez !...

Quoi ?

Hein ?.....

Vous êtes sûr ?

Non ??!!

Ah ??!!!!!!!!!!!!!

Victorin Lurel est membre du Parti Socialiste ?

Arrrghhhhhhhhhh..............

Nous voilà beaux mes amis : après les élus socialistes antillais qui pourfendent les tapettes, en voilà d'autres qui dénoncent ces gueux-immondes-et-malfaisants qui brisent l'outil de production de patrons-pourtant-si-bons-avec-leurs-manants.

Ami lecteur, à bientôt sans doute sur ce blog pour un article sur ces élus « de gauche »[1] qui traquent la vermine communiste dans les rues de Point-à-Pitre.

Notes

[1] Précisons ici que Victorin Lurel, en plus d'avoir un rapport étrange aux luttes sociales, cumule allègrement un poste de Député et de Président du Conseil Régional. Jacques Gillot, proche de « Gauche Moderne » de Jean-Marie Bockel cumule tout autant : Président du Conseil Général et Sénateur...

Oyez manants ! Nicolas recevra en son castel lutéçois le 18 février...

5 février 2009

sarkozy_france2.jpgPour les simples d'esprit qui n'auraient pas compris ce soir que Nicolas Sarkozy[1] recevrait les syndicats le 18 février, l'auteur de ces lignes tient à préciser que Nicolas Sarkozy, ci-devant Guide Suprême de la Sarkolution™ recevra les syndicats le 18 février. En effet, le Guide Suprême estime normal de recevoir les syndicats le 18 février et de le faire savoir en répétant une bonne quarantaine de fois au cours de l'interview du jour qu'il recevra les syndicats le 18 février.

Ceux qui auraient un doute sur la date de cette réception des syndicats le 18 février pourront toujours se référer au calendrier et constater que le 18 février, jour où Nicolas Sarkozy recevra les syndicats, est le jour de la célébration de Bernadette Soubirous.

Les syndicats qui seront reçus à l'Elysée le 18 février seront bien aimables de vouloir se remémorer opportunément que la simplette de Lourdes avaient à l'époque imaginé voir des apparitions de la Vierge.

Février, mois des apparitions officielles au SΔrkΘhstan™...

Dans l'affaire, une seule chose saute aux yeux, même des benêts : Quand il s'agit d'organiser la régression sociale, la casse des services publics ou le démentèlement de la Recherche française, Sarkozy s'offusque qu'on le lui reproche et se targue de le faire malgré une opposition massive du peuple... mais quand il s'agit de distribuer du pouvoir d'achat, d'augmenter les salaires ou protéger plus des Français qui souffrent de son injuste politique, le même Sarkozy se mue en grand démocrate qui ne décide rien tout seul et laisse les syndicats face aux patrons.

N'est-ce pas là chose étrange, cher lecteur ?

Notes

[1] Pov' con invité à s'casser mais qui n' se cass' pas.

Méthodologie, déontologie, escrocologie

3 janvier 2009

Et une escroquerie de plus, une ! La dernière production conjointe d'OpinionWay et du Figaro en matière de trafic d'opinion vaut son pesant de magouillette. Elle concerne cette fois l'image du Guide Suprême de la Sarkolution™ après son allocution du 31 décembre.

sarkozy_voeux.jpgPremier point pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, les dirigeants d'entreprises de sondage penchent à droite, c'est le moins qu'on puisse dire. C'est un fait et il est difficile de considérer qu'il s'agit là d'un détail sans importance. Ce serait de même une erreur de croire qu'un sondage n'est qu'un sondage et que le trafiquer, ce ne serait pas influencer l'opinion elle-même : il est notoirement évident que l'opinion publique[1] est influencée par l'image qu'on lui donne d'elle-même[2] et qu'il serait important de légiférer sur la question des publications de sondages. J'avais fait, il y a dix-huit mois, quelques propositions en la matière. Ce n'était qu'un embryon. Pourtant, cela ne me semble pas relever du détail pour notre démocratie. Les enquêtes pullulent, sans règle ni déontologie autre que celle que veulent bien se donner IFOP, CSA, et autre SOFRES –autant dire aucune– : Il serait temps, pour préserver l'intérêt même d'une vie politique démocratique, que la République y mette bon ordre.

Mais j'en viens donc à notre sondage du jour.

courbe_sondage.JPGRappelons déjà d'une manière générale que l'entreprise OpinionWay est célèbre pour sonder de manière « très moderne », c'est-à-dire via Internet. Voilà bien un premier biais et pas des moindres : ne sont sondés que les citoyens ayant accès au réseau mondial ! Soit quelque chose comme 60% de la population, en étant très large. En matière de méthodologie sondagiaire, il est donc possible de considérer que « très moderne » est synonyme de « très faux ».

Quant à notre enquête du Nouvel An, le sondeur indique lui-même avoir interrogé « 1004 personnes dont 45% ont vu les vœux de Sarkozy, soit 456 sondés », chiffre statistiquement insuffisant pour rendre valable une enquête d'opinion, tout statisticien digne de ce nom le dira. Qu'à cela ne tienne, nos trafiquants publient quand même leur œuvre.

Mais malgré tout cela, le plus drôle, au fond, ce n'est pas l'enquête elle-même, ni la méthodologie, ni même les questions qui y sont posées... mais les commentaires dont nous gratifie lefigaro.fr et l'ineffable Bruno Jeanbart[3] :

sarkozy_parisot.jpgLe titre de l'article est déjà un mensonge ! « Pour les Français, Sarkozy est plus rassurant et rassembleur », sauf que l'enquête montre que 63% des Français ne le trouvent « pas rassurant » et 69% « pas rassembleur » ! Le mot important dans le titre est donc « PLUS » sous prétexte qu'il y a 365 jours, les chiffres étaient encore pires pour le Guide Suprême ! Reconnaissons ensemble que Le Figaro nous gratifie d'emblée d'une belle entourloupette intellectuelle.

Quant au sous-titre, « 52% des Français ayant regardé les vœux du chef de l'État l'ont trouvé convaincant », rappelons qu'il s'agit de 52% des 45% qui ont regardé Sarkozy et qui possèdent un ordinateur connecté à Internet, soit... environ la moitié de la moitié de 60% ! Traduction chiffrée : 15% ont bien aimé notre Guide Suprême dans son discours des vœux. Les choses sont bien plus claires ainsi, n'est-ce pas ?...

Et puis, peu importe au Figaro que ces 52% soient un recul par rapport aux vœux de l'année précédente ou Sarkozy était gratifié de 55% : par une magnifique circonvolution spacio-temporelle, les amis de Serge Dassault, lui-même ami de l'UMP, lui-même ami de Sarkozy, lui-même ami de Laurence Parisot, elle-même PDG d'IFOP, institut de sondage –et hop! la boucle est bouclée !– démontrent que le chiffre est meilleur. Oui, au Figaro, 52 est supérieur à 55, car tel est le bon vouloir de Notre Souverain.

Pour le reste du commentaire figaresque, peu importent les chiffres en valeur absolue : soudainement au détour de l'article, seule compte l'évolution : les deux tiers des sondés déclarent que Sarkozy n'est ni rassembleur, ni rassurant, ni proche de leurs préoccupation, mais cela n'empêche pas le journal de souligner qu'il y a eu progression de quelques points depuis la rentrée et que ces chiffres sont donc positifs !

Pour résumer, nous pouvons sans doute déduire de tout ceci que la cote de popularité de Sarkozy doit être proche de 0%. En effet, quand une entreprise de sondage dirigée par des hommes de droite est payée par un journal dirigé par des gens de droite pour effectuer un sondage (mathématiquement faux) à propos d'un homme de droite... et que les résultats montrent que les deux-tiers des citoyens n'aiment pas... il n'est pas invraisemblable d'imaginer que les vrais chiffres de l'amour des Français pour le Tout Petit sont pire encore.

Je ne sais pas vous, mais j'ai pour ma part la légère impression que cette année 2009 pourrait être aussi mensongère que la précédente.

Notes

[1] Terme douteux, que j'emploie ici avec un peu de facilité, je le reconnais...

[2] Les « grands » éditeurs ne s'y trompent pas, eux qui livrent chaque semaine le classement des meilleures ventes de livres. De même le classement du box-office du cinéma ou les classements musicaux à la « Top 50 » : tout cela manifeste de l'influence sur l'opinion et non du simple reflet informatif de ce que penserait l'opinion.

[3] ... duquel j'avais déjà ri à l'occasion d'un autre commentaire de sondage particulièrement désopilant, trouvé cette fois dans le journal « Metro » (dont TF1 est l'un des principaux actionnaires : dingue, non ?)

Patrick Devedjian et le culte de Vishnou

31 décembre 2008

020409SDO204Patrick Devedjian, nouveau Ministre de la Relance[1], a un sacré problème : son ministère est parfaitement inutile. Reconnaissez qu'il s'agit là d'une réelle difficulté pour ce pauvre hère qui se morfondait depuis des mois au fond des bois de l'UMP dans l'attente de l'action gouvernementale et qui, une fois franchi le seuil des beaux immeubles du VIIème arrondissement de Paris, sent venir l'ennui, comme d'autres n'ont rien senti de la crise économique à venir.

D'un côté, il ne décide de rien puisqu'il a été nommé début décembre alors que toutes les mesures avaient déjà été annoncées : il se retrouve donc obscur contrôleur des travaux finis, pour ne pas dire caporal-chef en charge de l'inspection des baraquements de bidasses désœuvrées. Encore que le caporal-chef ait une capacité disciplinaire sur ses troupes alors que notre impétrant, lui, dépend directement du Premier Ministre, donc se retrouve sans pouvoir hiérarchique sur qui que ce soit.

De l'autre côté et par définition dans le rôle qui lui est attribué, Patrick Devedjian n'agit pas puisque les mesures prétendument « anti-crise » sont censées être mises en œuvre dans les divers ministères eux-mêmes.

devedjian_livre.jpg« A moi le ministère de la parole », titrait-il « son » livre il y a quelques années. Le Guide Suprême de la Sarkolution™ l'a exaucé : il ne lui reste plus que la bouche pour exister.

Et reconnaissons ensemble que depuis sa nomination, le moulin à bla-bla tourne à plein. A vide aussi si l'on essaie de donner un sens à un discours amphigourique et creux, mais « à plein » si l'on compte les points-presses et autres communiqués du néo-ministre qui ont tous en commun de faire croire que les 26 milliards d'euros que le Gouvernement aurait injectés dans l'économie sont de nature à améliorer le quotidien des Français.

Dernier exemple en date hier, le déplacement du pseudo-ministre à Strasbourg a donné lieu à quelques savoureuses affligeantes déclarations dont la vacuité concurrençait le comique, à condition de prendre les choses au deuxième degré, ceux qui espèrent en l'action du gouvernement pour atténuer les effets de la crise n'y voyant certainement rien de drôle.

Phrase magique du Ministère en goguette : « [Le plan de relance de 26 milliards d'euros :] Si l'effet de levier est de trois, ça fera 100 milliards d'impact économique. »

Aucun économiste sérieux, même de droite, ne parvient à conforter ce chiffre mensonger de 26 milliards qui additionne des choux et des carottes, des mesures à venir avec d'autres qui étaient déjà prévues bien avant la crise, bref qui relève de l'enfumage politique, comme le démontre Terra Nova et en tout cas d'une frilosité invraisemblable en regard de l'ampleur de la crise.

Alors Patrick Devedjian innove : il multiplie par trois un supposé effet levier dont personne ne voit bien ce qu'il représente. Peut-être aurait-il pu multiplier par cinq, dix, douze ou mille quatre cent vingt-deux ? L'enfumage, de la part de ce gouvernement, confine au génie de la communication. Tout juste notre ministraillon module-t-il sa démonstration de multiplication miraculeuse d'un timide « si » : Mais bien sûr, Patrick ! Et si Paris était dans la banlieue de Karachi, nous serions tous pakistanais. CQFD.

Mais décidément il ne sera pas dit que le déplacement alsacien de fin d'année du ministre Devedjian n'était pas un festival, les gags s'enchainent. Au programme par exemple : « Si vous ajoutez à cela les plans de relance des pays voisins, il y a une politique d'ensemble qui pèse son poids. » En clair, il reconnaît explicitement ici que le plan de relance du gouvernement français, prétendument massif et de nature à résoudre les difficultés, ne pèsera que grâce aux plans... des autres pays européens ! Une forme de prière aux autres pour nous aider, nous autres impuissants...

vishnu.jpgEt les prières continuent, les Ave Maria, les Notre Père fleurissent au détour de chaque phrase : « Vous ajoutez qu'il y aura un phénomène Obama au plan probablement psychologique aux Etats-Unis et aussi, je l'espère, un effet économique ». Par pitié, Ô Grand Barak, Votre Splendeur Nouvellement Elue, Notre Sauveur à tous, faites que vos actions nous secourent, donnez nous aujourd'hui notre croissance de demain...

Cette année se termine sur des prières aux dieux étrangers, l'année 2009 pourrait reprendre sur des offrandes à Vishnou ou Krishna, des pèlerinages au Tibet ou une marche vers Saint-Jacques de Compostelle, un voyage autour des quatorze stations du Chemin de Croix. Manifestement, il ne reste plus guère que cela à ce gouvernement dont l'action si peu volontariste n'aura pas le moindre effet significatif sur l'économie française, lui-même le sait.

krishna.jpgEt parce qu'avec Devedjian, hautement représentatif de ce gouvernement ina(e?)pte, l'irrationnel est porté comme un étendard, écoutez-le gémir sur la fatalité, sur le sort contre lequel l'homme (politique) est impuissant, sur le destin qui conduit à sa perte des gouvernants pourtant de bonne foi : « [La] crise [...] est injuste, [la] crise [...] est importée des Etats-Unis, [...] ne sanctionne pas une mauvaise gestion de notre pays. Il la subit comme l'ensemble de l'Europe ».

« Injuste » ! Quel mot incroyable dans la bouche de celui qui, comme Patrick Devedjian, soutient depuis des années et avec acharnement la dérégulation des marchés ! Voyez-le aujourd'hui prétendre que le gouvernement français, aux manettes depuis des années et dont l'action a consisté au fil du temps à réduire à la serpe les capacités de contrôle des peuples sur l'économie, n'est fautif en rien de l'état du pays ! « Injuste », comme si le peuple américain, lui, était fautif, seul et devant expier, solitaire, ses péchés ! Mais où diable était Patrick Devedjian quand les spéculateurs de tous poils profitaient grassement du travail des employés et ouvriers français et européens ? Que ne dénonçait-il pas, il y a peu encore, un système inhumain et devenu fou !

Au vrai, au-delà des déclarations sans grand intérêt d'un ministre désœuvré, comment croire que ceux qui ont prôné le « toujours moins d'intervention publique » depuis des décennies, qui ont désengagé l'État de tous les secteurs, qui démantèlent la Poste, l'éducation, l'hôpital et tous les services publics, qui ne jurent que par la concurrence entre les hommes, entre les entreprises, entre les universités, entre les pays, entre les « civilisations »... comment croire que ceux-là, c'est-à-dire Devedjian, Fillon et Sarkozy eux-mêmes, seraient maintenant ceux qui vont refonder[2] le capitalisme ou réformer de fond en comble un système qu'ils ont été les premiers à ériger en règle de vie ? Il est vrai que dans tous les pays, les libéraux au pouvoir[3] servent depuis peu la même salade à leurs concitoyens, celle qui tente de faire croire que les pyromanes de la nuit seront les pompiers du matin.

Pourtant, sauf à croire en l'existence d'un quelconque Dieu aimant ou d'un Père-Noël attentionné, il n'existe qu'une voie crédible : celle de l'Europe à gauche.

Notes

[1] ... qui pourra toujours trouver chauffeur à son pied, en cas de besoin : c'est le Parisien qui le dit...

[2] (c) UMP

[3] Jose Manuel Barroso, le chantre ultra-libéral de l'Europe concurrentielle, fait profil bas ces derniers temps – Angela Merckel et les fils spirituels de Schroeder, dans leur improbable coalition néo-libérale, simulent aujourd'hui l'interventionnisme public – Même Georges W. fait mine de vouloir socialiser l'économie, etc.

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