Les socialistes ont choisi leur candidat au travers d’une primaire. De ceci je voudrais dire un mot. François Hollande a été élu. De cela je vais parler également.
Tout à leur bonheur d’une primaire « réussie », les socialistes ont le sourire. Les médias, unanimes, ont trouvé l’exercice formidable. Certains à droite se verraient bien l'appliquer à leur propre camp, c’est dire. Le concert de louanges est général. La primaire c’est bien, la primaire c’est moderne, la primaire c’est démocratique.
Pourtant, le soufflet retombera vite. La campagne présidentielle commencera. Et de la primaire il faudra tout oublier.
La primaire
« Réussie » pourquoi ? Parce que les candidats ne se sont pas insultés. Formidable. Parce que le vainqueur a obtenu un score net, l’inverse aurait, parait-il, été gênant. Magnifique. Parce que 2,8 millions d’électeurs se sont déplacés. Et alors ? Parce que la droite est gênée aux entournures à sept mois du scrutin présidentiel. La belle affaire.
Toute « réussie » qu’elle soit présentée, la primaire me déplait. Son essence même me rebute. C’était le cas avant. Ça l’est toujours. Qu’elle siée au barnum médiatique n‘y change rien. C’est une idée imbécile, la manifestation de l’aboutissement des renoncements du PS. Celle de son effilochement depuis le début des années deux mille.
1°) Toutes les démocraties parlementaires de la planète ont un principe simple : le parti vainqueur des élections législatives gouverne le pays. C’est le système le plus démocratique de la planète, nos voisins qui ont inventé la démocratie ont raison. Et dans ces pays, c’est évidemment le chef du parti majoritaire qui devient le premier ministre du gouvernement : quand les militants d’un parti élisent leur leader, ils savent qu’ils choisissent le futur dirigeant du pays. Mais pas chez nous. Pas au parti socialiste où l’on décide que le chef du parti n’est pas le candidat à l’élection présidentielle. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pourquoi rassembler quand on peut si bien diviser ? Pourquoi organiser son programme sur plusieurs années et sur la base de débats foisonnants quand on peut l’improviser quelques mois avant sur le mode de la personnalisation d’un seul ? Pourquoi désigner simplement quand on peut organiser une mièvre course à l’échalote ou les postures stratégiques personnelles d’un Montebourg concurrencent le régime réussi d’un candidat qui a changé ses lunettes ?
2°) Au PS, on pousse même le ridicule jusqu’à choisir Royal en 2007 quand Hollande est premier secrétaire du parti et… Hollande en 2012 quand il ne l’est plus et qu’il n’a rien fait de plus ni de moins, depuis. C’est dire, de surcroit, si les choix dans de telles primaires sont rationnels, posés et intelligents et reposent sur la capacité des hommes politiques à gouverner. C’est dire le niveau des votes.
3°) Les primaires sont le paroxysme des travers de la Vème République. Elles sont l’apogée de la présidentialisation de notre régime politique. Elles tournent au radio-crochet où l’apparence compte plus que les idées. Pour ma part, j’aime la politique, j’aime l’idée qu’on puisse transformer la société dans ses travers les plus graves, je ne veux pas me contenter de choisir la veste de telle ou tel, de choisir entre la posture de l’un et celle de l’autre. La personnalisation du débat affaiblit l’idéologie. Et par là-même elle affaiblit la démocratie. Que ce soit la gauche qui porte le principe des primaires est attristant. Cette gauche dont le joyau est la République, qui est censée porter la tradition de parlementarisme mais l’oublie toujours plus à chaque élection présidentielle. Et que ce soit Arnaud Montebourg, porteur politique initial de la VIème République parlementaire, qui ait poussé aux primaires est tout un symbole des renoncements du PS.
4°) Les primaires alimentent l’espoir permanent et imbécile de l’homme ou la femme providentiel(le). Toujours. Tout le temps. Partout. Systématiquement. En 2007 où Royal était prétendument la seule qui pouvait l’emporter. On a vu le résultat. Cette année, où DSK était l’homme qui allait nous sauver, sans même avoir rien dit. Exit DSK, voilà immédiatement que Hollande devient cet homme miraculeux qui n’avance guère d’idées mais se place « au-dessus ». Et ne nous mentons pas, ce sont bel et bien les médias et les sondages qui fabriquent cela. Le Parti Socialiste est tellement à la dérive d’idées qu’il choisira toujours celui ou celle que les médias adoubent. Il a si peur de perdre encore qu’il élira toujours celui ou celle que les sondages placent en tête. Foin des idées. Foin du charisme des hommes, le PS en est réduit au choix qui le rassure. De quel parti politique parle-t-on alors ? En tout cas pas d’un « parti qui concoure à la démocratie », comme l’affirme notre constitution. Mais d’un parti en déliquescence dont les idées n’influent pas sur la société, un parti qui se contente d’écouter les rumeurs de cette société, sans plus chercher à la transformer.
Le candidat Hollande
1°) Hollande et l’obsession de la dette : Un homme de gauche qui n’est pas choqué par la règle d’or, en est-ce bien un ? Quand la droite s’essaie à constitutionnaliser une règle qui vise à ce que personne ne puisse revenir sur sa politique néolibérale, c’est de la stratégie. C’est économiquement imbécile mais stratégiquement intelligent. Quand le candidat du PS reprend à son compte cette règle d’or qui grave dans le marbre de la constitution l’asservissement du politique aux règles libérales du marché, c’est tout simplement du renoncement aux idéaux qui devraient conduire la gauche. Au-delà, toute la campagne de François Hollande a reposé sur « une gauche de raison », « une gauche crédible », « une gauche sensible aux réalités du marché ». Pas une fois quelqu’un n’a entendu l’auto-proclamé candidat normal afficher la moindre volonté de transformer le système.
2°) Le « candidat normal ». Dans une France, dans une Europe, dans un Monde aussi dévastés par l’économie financière qui détruit tout, à commencer par la protection des plus faibles, est-ce d’un candidat normal dont nous avons besoin ? Certainement pas. Le candidat normal accompagnera tout cela sans faire de vague. Surtout pas de vague auprès des Moody’s et autres Standard & Poor's qui imposent leur AAA (autre mot pour politique d’austérité et affaiblissement des plus faibles). Le candidat normal, c’est le centrisme. Il n’est que de voir dans les médias les lieutenants de l’impétrant se démarquer, déjà, du projet socialiste : qui fustigeant les emplois aidés, qui dénonçant les dépenses qui ne pourront toutes être réalisées. C’est pourtant de gauche dont nous avons besoin. Ce candidat-là n’est que teinté de gauche. C’est trop peu.
3°) Le « contrat de génération ». Ah ! La bonne vieille recette éculée de la réduction des cotisations patronales ciblant des catégories ! Mille fois employée (surtout par la droite, soit dit en passant) et qui n’a jamais abouti au moindre résultat, si ce n’est une perte de rentrée fiscale et un effet d’aubaine pour les entreprises. C’est pourtant la mesure-phare de Hollande, c’est dire le niveau de transformation sociale que le candidat PS envisage. Niveau zéro. Tout juste peut-on espérer que la grande réforme fiscale qu’il a annoncée se fasse jusqu’au bout, c’est-à-dire égalitaire et sans concession. Mais déjà un doute nous vient à force de précautions oratoires de la part du camp Hollande.
4°) Les embauches dans l’Éducation Nationale : Je souscris ! Mais aussitôt, une question me vient : et alors ? Parce que déjà le candidat module en précisant que cela se fera au détriment d’autres postes dans la fonction publique, comme si les hôpitaux et la police étaient en sureffectifs et pouvaient être déshabillés au bénéfice de l’embauche d’enseignants. Lui aussi, comme la droite, pense plus à réduire les dépenses publiques qu’à augmenter les recettes par une politique économique et sociale volontariste. Ainsi, il valide les postulats de la droite, tout juste les modulant, les mâtinant d’un discours vaguement progressiste. Et puis soixante mille postes créés dans l’Éducation Nationale, soit… mais où est le projet éducatif là-dedans ? Il n’y en a pas. La France est pourtant, depuis des décennies, dotée d’un système éducatif parfaitement inégalitaire –les comparaisons avec les autres pays sont dans ce domaine effrayantes– et il s’agit, si l’ont veut transformer vraiment la société, de fabriquer une révolution éducative. Dans les programmes (aujourd’hui destinés à bourrer le crâne des enfants), les rythmes (aujourd’hui épuisants), les organisations (supprimons les grandes écoles !), les procédés, etc. Ce ne sont pas des créations de postes, plâtre sur un mur qui s’effondre, qui fabriqueront le changement.
Alors…
Non, le Hollande, au plan média très huilé depuis des années mais qui affiche tant ses renoncements, ne peut pas être mon candidat. Non, je ne peux me satisfaire d’un PS devenu si liquide qu’il n’est pas même capable de désigner lui-même son candidat à l’élection présidentielle.
Alors… à quoi sert d’être encore membre du Parti Socialiste ?
En être pour participer aux idées ? Imbécile puisque le système de l’élection présidentielle au suffrage universel direct dans lequel se vautre le PS induit que le programme porté par ce candidat peut s’affranchir tant et plus du projet eu Parti. Hollande le montre en ne reprenant ce projet que du bout des lèvres et pour la forme… et en affichant déjà sa volonté d’en enlever les bouts les plus à gauche.
En être pour choisir nos futurs gouvernants ? Inutile puisque le PS a délégué ce choix aux sympathisants. Une pièce d’un euro suffit.
Au vrai, il n’y a plus guère que deux raisons d’adhérer à ce parti : 1°) coller des affiches au fil des élections nationales et locales. C’est respectable mais ce n’est pas ma vocation. 2°) se faire élire. C’est respectable mais je n’y aspire pas.
Alors ?
Alors, cher Parti Socialiste, j’ai fait un bout de chemin avec toi. Pas assez impliqué sans doute, la faute au temps qui manque, la faute au fait que je suis ton « aile gauche », si souvent minoritaire en ton sein, fatigué de toujours devoir lutter pour affirmer fièrement la gauche.
Oui, cher Parti Socialiste, tu m’as fatigué. Je te laisse donc suivre ton chemin. Ce n’est pas le mien. Tes idées ne sont pas toujours les miennes, ton « candidat normal » n’est pas le mien, son programme n’aspire à aucune transformation sociale profonde. Que tu te complaises dans l’exercice hyper-présidentiel de la Vème République va à l’encontre de ma république parlementaire rêvée.
Je ne te quitte pas fâché. Je te quitte un peu triste. Peut-être nous retrouverons-nous un jour. Le jour où tu auras retrouvé l’envie de changer la vie. Je n’y crois guère. Mais je continue de l’espérer.
En attendant, je crains qu’en 2012… l’UMP… Sarkozy…
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